mardi 16 janvier 2018

"Lumière dans les ténèbres" de Philippe Remy-Wilkin



Avec "Lumière dans les ténèbres", le romancier, nouvelliste, essayiste et historien Philippe Remy-Wilkin nous invite à une plongée en apnée (on ne quitte pas le livre une fois que les premières lignes nous ont happé) dans un roman qui, tout en appartenant aux romans modernes par l'énergie qu'il insuffle à la narration, nous plonge dans le ravissement des lectures anciennes. Celles de Maurice Leblanc, d'Edgar Alan Poe, ou de W.Wilkie Collins. 

Tentez la lecture, laissez vous entraîner dans le sillage de Gérard de Valnère, surnommé Icare,  jeune reporter de "L'indépendance belge" , dans les pas des détectives-inspecteurs de police appelés à côtoyer les grands de ce monde, encore secoués par les révolutions  française (1848) mais surtout belge (1830), emplis du souvenir  des combats et des échauffourées de septembre à Bruxelles lorsque les Orangistes furent boutés hors du jeune pays. 
Voilà pour le cadre romanesque (ce que nous pouvons dévoiler de l'intrigue figure dans le "résumé" paru sur le site des Editions Samsa), mais il y a aussi l'espace romanesque qui embrasse l'Europe du Nord depuis Bruxelles en irradiant vers Paris et la Frise, et s'engouffre dans les Mers du Sud, sur la Route du Cap; il y a les personnages campés avec justesse par Remy-Wilkin qui sait aussi faire dialoguer les protagonistes (on songe, en lisant les chapitres courts, à la belle adaptation radiophonique que pourrait inspirer "Lumière des Ténèbres"), il y a le style à la fois allègre et juste, parfaitement adapté au genre romanesque dans lequel l'auteur plonge avec une jubilation dont le lecteur reçoit la belle part.

Voici un roman qui renoue avec le bonheur de raconter et nous réconcilie avec celui de nous évader.

Jean Jauniaux, Bruxelles, le 16 janvier 2018

Nous avions évoqué dans un article paru à sa sortie le passionnant "Christophe Colomb" de Philippe Remy-Wilkin
Christophe Colomb - Le découvreur et la découverte

Sur le site des Editions Samsa 


Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1865, un cri surhumain retentit dans les galeries feutrées du manoir d’Alladières, à la lisière de la Forêt de Soignes, à Bruxelles. Quelle tragédie s’est déroulée dans les appartements privés du baron, un éminent homme d’affaires, un héros de la Révolution belge ? Un meurtre, un enlèvement, une disparition volontaire ? Comment a-t-on pu entrer et sortir d’un lieu « hermétiquement clos » ? Les indices sont déroutants, les pistes plus surprenantes les unes que les autres, et on se prend à courir derrière Baudelaire ou le légendaire comte de Saint-Germain, entre autres… 
La trame, rapidement, tend à s’élargir, se redéfinir. L’enquête policière haletante débouche sur une quête identitaire menée par deux frères tout en se faufilant à travers des moments-clés de l’Histoire, en nous baladant dans le Bruxelles pittoresque et inquiétant qui a précédé le voûtement de la Senne.
La résolution des différents pans de l’énigme finira par nous emporter dans le Schleswig-Holstein avant un Grand Saut final au cœur des îles frisonnes…

Philippe Rémy-Wilkin
Philippe Remy-Wilkin, né à Bruxelles en 1961 mais conçu en Afrique (détail crucial selon lui !), a passé toute sa jeunesse dans le Tournaisis avant de rejoindre sa ville natale pour des études universitaires linguistico-littéraires. Mais il a rapidement remisé licence et agrégation pour organiser sa vie autour de l’écriture. Une passion qu’il décline sous toutes ses formes, avec, en filigrane, deux invariants : l’Histoire et le goût du récit palpitant. Des scénarios, des nouvelles, des études historiques, des recueils de récits authentiques, des contes illustrés, des romans, des articles. Publiés à Paris, Bruxelles, Genève, Milan, etc.


William Cliff: "Au Nord de Mogador"


Le Dilettante publie "Au Nord de Mogador" un nouveau recueil de William Cliff, dont on ne dira jamais assez qu'il est, parmi les vivants, un des plus grands poètes de langue française. 

Il y a dans chacun des poèmes réunis "Au nord de Mogador", ce réalisme poignant qui porte le regard de Cliff vers l'essentiel des lieux et des circonstances qu'il traverse. Le vers régulier toujours, la rime parfois, sont autant de contraintes qui forcent l'émotion à rejoindre l'infiniment sensible, où qu'il se trouve. Que ce soit "Au Nord de Mogador" "un homme s'avançait/dans son champ derrière un soc tiré par ses bêtes,/un âne et un chameau qu'il avait assemblés/pour labourer son champ ainsi depuis des siècles"; que ce soit à Manhattan, dans la cantine d'un YMCA où "il y avait une chaleur, une torpeur/dans tous ces gens ensommeillés qui mastiquaient/muettement leur nourriture/", et d'où le poète s'en allait une fois alimenté dans la ville, nous donnant une des clés de l'inspiration : "moi j'étais enchanté de m'en aller de-ci/de-là au gré de mon oisiveté qui me/portait n'importe où m'étonnant des choses rares,"/. Ailleurs dans l'espace, Cliff nous entraîne au gré des sillages urbains (Munich, Granada, Paris, Philadelphie...); autrefois, dans le temps, Cliff nous invite aux explorations de la mémoire adolescente , des amours ferventes et sans lendemain. 
Partout le sentiment nous vient de connaître avec le poète ces terrifiants instants de solitude et d'abandon ("Le plancher des vaches" : (je) rentrais pleurer en écoutant un disque/àgenoux devant les haut-parleurs pour ne pas / déranger (...)/), ces vagues d'empathie et de pitié ("Le veuf"), ces déferlements d'angoisse ("Mélancolie"). 
On voudrait citer chacun de ces poèmes, dont le reflet apparaît dans la sombre lueur de ces vers choisis dans "Le chant des morts" :
En ces pays de solitude
où le brouillard s'étend sans fin,
nous ne voyons dans l'étendue
qu'un monotone et long destin"


Est-ce de cette manière, intense et régulière, de former des vers que nous vient toujours la sensation d'une poésie singulière, envoûtante, réelle et vraie, sincère comme celle de Baudelaire?

Jean Jauniaux, Bruxelles, le 16 janvier 2018

Début mars, nous aurons le bonheur d'une nouvelle parution, à La Table ronde cette fois, où le poète nous donnera à lire un recueil de sonnets "Matières fermées".


Résumé
Par deux fois déjà, le poète William Cliff, Belge au beau nom de pirate, a fait halte au Dilettante, le temps d’y poser son sac, nous offrant, mains fiévreuses et regard ébloui, provende de poèmes et volée de beaux vers, le reposoir de son cœur et l’élixir de ses souffrances : avec Conrad Detrez, ce fut l’hommage à l’ami disparu; Amour Perdu évoque, d’élans soudains en fougueuses escapade, des amours mâles qui jalonnent sa route et ponctuent ses heures. Avec Au Nord de Mogador, assidu toujours à jouer de la rime et à régler son vers comme on touche de l’épinette ou jongle du couteau, William Cliff assemble un herbier d’instants, dévide une corde où chaque nœud sert à marquer la vitesse de la vie, ses cadences rudes, ses points de force. Il nous y parle, dans une langue qui est celle de Maurice Scève, du Shakespeare des Sonnets ou d’Apollinaire, de villes ou de pinsons, de regards échangés et du poids de la terre, de menus instants qui illuminent le monde, de l’église Saint-Merri, d’un avion pour Philadelphie, d’un prince dans une gare croisé ou d’une panne d’électricité. Des moments sertis dans le vers, des lueurs prises dans l’ambre du mot qui font de William Cliff, là comme un tas de viande surannée / transpercé par le cri d’un oiseau forcené, un poète absolument contemporain.