jeudi 2 mai 2019

LA BELGE SYLVIA HUANG EST EN FINALE DU CONCOURS REINE ELISABETH POUR VIOLON 2019 !

Depuis un premier article qu'il lui consacrait en 2005 dans un livre consacré au Concours Pro Civitate, le chroniqueur et écrivain Jean Lacroix suit avec enthousiasme la carrière époustouflante de la violoniste Sylvia Huang. Comment ne pas partager son intérêt pour le parcours exemplaire de la virtuose qui se trouve , aujourd'hui, en finale d'un des plus prestigieux concours internationaux de musique... Nous l'écouterons le 20 mai, notamment dans le concerto de Dvorak qu'elle a choisi de mettre au répertoire de sa prestation en finale. Quel bonheur de laisser ici la plume à Jean Lacroix...en formant le voeu d'un prochain article, au soir de la proclamation des résultats...


Jean Jauniaux

Le jury du Concours Reine Elisabeth de la session 2019 pour violon a dévoilé les noms des douze candidats qui accèdent aux finales programmées du 20 au 25 mai. Parmi eux, figure en toute logique notre compatriote, Sylvia Huang, dont les demi-finales ont été exemplaires. Les commentateurs ont souligné les caractéristiques du jeu de cette artiste qui fait carrière parmi les pupitres des premiers violons de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam : sûreté de la technique, maîtrise, fluidité et élégance, mais aussi intensité et pudeur, comme démontré entre autres dans la Sonate de Janacek, qui a révélé une musicienne accomplie et raffinée pour laquelle l’émotion est la première des exigences.
On sait que les finalistes résident à la Chapelle Musicale de Waterloo afin d’affiner leur préparation en toute sérénité, mais aussi de découvrir l’œuvre imposée. Il s’agit cette année d’une partition du Finlandais Kimmo Hakola, né en 1958, qui a étudié la composition avec Rautavaara et Lindberg. C’est le lundi 20 mai que Sylvia Huang se produira (à voir en télévision, sur la Trois) avec le Belgian National Orchestra, placé sous la direction de Hugh Wolff ; au cours de sa prestation, on pourra entendre aussi le superbe Concerto de Dvorak, choix de la soliste. Cette partition, où la poésie et les couleurs dominent au gré de mélodies fascinantes, devrait être en parfaite adéquation avec le jeu racé et la lumineuse maturité musicale de Sylvia Huang. Tous nos vœux l’accompagnent pour cet ultime défi, dont les résultats seront connus le samedi 25 mai, en toute fin de soirée.


Jean Lacroix   

LA BELGE SYLVIA HUANG SELECTIONNE POUR LES DEMI-FINALES

Les 24 violonistes retenus pour les demi-finales ont été désignés. Parmi eux, notre candidate belge, Sylvia Huang, dont la prestation du lundi 29 avril avait conquis le jury. 
Afin de tenter l’accession à la finale, Sylvia Huang se produira deux fois, lundi 6 mai dans la session de 20 heures et jeudi 9 mai, à partir de 15 heures, dans deux programmes, l’un réservé au Concerto n° 1 de Mozart, avec l’Orchestre de chambre de Wallonie, dirigé par Jean-Kacques Kantorow, l’autre à la musique de chambre. Dans ce dernier contexte, Sylvia Huang jouera l’œuvre imposée, un Scherzo-Bagatelle de l’Anversois Bram Van Camp, des extraits de la Sonate pour violon seul op. 27 n° 1 d’Eugène Ysaÿe et la Sonate pour violon et piano de Janacek. Un programme dans lequel elle devrait briller de mille feux ! Radio et télévision permettront d’entendre et de voir tous les demi-finalistes. Nous espérons retrouver Sylvia Huang dans les finales qui se dérouleront du 20 au 25 mai prochain.


Jean Lacroix

Au lendemain de la première éliminatoire du Concours Reine Elisabeth, avec Jean Lacroix nous avons interviewé la violoniste belge Sylvia Huang, seule candidate belge sélectionnée pour cette édition du concours international. Nous l'avons rencontrée chez Bénédicte van Caillie, sa "maman d'accueil" qui, depuis neuf ans donne chaque année l'hospitalité à un candidat. Elle nous dira, au terme de cet entretien, ce qu'implique cette démarche, une des originalités du Reine Elisabeth qui offre ainsi, à Bruxelles, pendant le mois de mai, un environnement serein, familial et stimulant aux candidats venus du monde entier. 
L'intégralité de l'entretien est disponible à l'écoute sur le soundcloud de LIVRaisons. 
Jean Jauniaux, le 1er mai 2019


Jean Lacroix, Bénédicte van Caillie et Sylvia Huang © Jean Jauniaux
PORTRAIT DE LA VIOLONISTE SYLVIA HUANG,
LA CANDIDATE BELGE DU CONCOURS REINE ELISABETH 2019

La session 2019 du prestigieux Concours Reine Elisabeth est réservée au violon. Après examen des candidatures, 71 artistes ont été retenus pour participer aux éliminatoires qui se déroulent du 29 avril au 4 mai. En fin de compte, neuf concurrents ne se sont pas présentés. Au nombre des 63 musiciens qui briguent un passage en demi-finales, qui auront lieu du 6 au 11 mai dans l’espoir d’accéder aux finales du 20 au 25 mai, figure une seule Belge, Sylvia Huang, une artiste accomplie dont l’immense talent nous permet de forger de grands espoirs.

Née le 20 avril 1994, Sylvia Huang passe son enfance à Montigny-le-Tilleul, dans une famille de musiciens. Son père, Ching Huang, est violoniste ; il est issu des Conservatoires de Pékin et de Saint-Louis, aux Etats-Unis, et a été par le passé co-soliste du China Philharmonic Orchestra. Sa mère, Myriam Bultinck, Premier Prix de violoncelle et de musique de chambre au Conservatoire de Bruxelles, a obtenu un diplôme supérieur de violoncelle et un Artist Certificate, au même Conservatoire américain de Saint-Louis. Les parents de Sylvia ont fondé le duo Bacorde (« huit cordes » en chinois) ; ils se produisent dans des écoles dans le cadre d’un programme éducatif autour de la musique classique. Sylvia a une sœur violoncelliste, de deux ans sa cadette, qui se perfectionne au Conservatoire de Paris.

Dès l’âge de trois ans, Sylvia fait ses débuts sur le violon. Avec beaucoup de lucidité, ses parents détectent très vite les dons de leur fille, qui apprend le solfège à l’Académie de Mont-sur-Marchienne. Ses progrès sont à ce point rapides qu’elle est prise en charge dès 2003 à l’Académie de Bruxelles par Yaga Siwy, épouse d’André Siwy, d’origine polonaise, qui a été élève d’André Gertler avant de devenir Konzertmeister de l’Orchestre Symphonique de la RTBF, puis de l’Orchestre National de Belgique. Sylvia brûle les étapes et accumule les distinctions. En 2004, elle participe au concours organisé pour les académies de la Ville de Bruxelles par le Rotary Breughel et s’y classe deuxième. L’année suivante, elle se lance dans l’aventure de Dexia Classics. Aux éliminatoires, elle obtient la cote de 97 % et devient la première lauréate du concours devant 146 candidats, tous instruments confondus. Elle est la lauréate la plus jeune (à moins de 11 ans) de toute l’histoire de ce concours dont nous allons reparler. Le 29 avril 2005, Sylvia joue avec orchestre, sur la scène du Théâtre Royal de la Monnaie, le Concerto pour violon et orchestre n° 1 de Paganini !

Dexia Classics est un concours célèbre pour jeunes musiciens. Lorsque Sylvia Huang le remporte, il est patronné par la Banque du même nom. C’est le Crédit Communal de Belgique qui a pris l’initiative dès 1965 d’instaurer un concours pour jeunes instrumentistes issus des écoles musicales. Le Concours Pro Civitate est né ; au fil du temps, il connaîtra d’autres appellations : Concours National de Musique et des Arts de la Parole, puis Axion Classics avant de devenir Dexia Classics au moment où Sylvia y est inscrite, lors de la quarantième session. Un palmarès riche de 2 300 lauréats ! Parmi eux, de grands noms de notre musique belge : Dominique Cornil, Véronique Bogaerts, Robert Groslot, Johan Schmidt, Jan Michiels, Marcel Ponseele, Benoît Mernier, Viviane Spanoghe, Paul Dombrecht, Eliane Reyes, Luc Brewaeys, les frères Kolacny et bien d’autres…

Pour célébrer son quarantième anniversaire, le Concours a voulu commémorer cette aventure musicale et humaine par l’édition d’un livre, dont nous avons assuré l’écriture (1). C’est dans ce contexte que nous avons eu le privilège et le plaisir de pouvoir découvrir, rencontrer et suivre Sylvia Huang à plusieurs reprises, y compris en famille, et notamment lors de sa prestation avec orchestre du 29 avril 2005 : « […] comment cette petite fille si mignonne, si sage, va-t-elle pouvoir affronter cet énorme concerto ? L’interrogation subsiste pendant la trop longue introduction, le temps de se convaincre que Paganini peut vraiment être‘pompier’ dans ses orchestrations. Le miracle va pourtant se produire. A l’instant même où elle entame sa partie, Sylvia n’est plus une petite fille. Ce n’est pas un phénomène, ni un enfant prodige : c’est un violon qui chante, avec une sonorité établie, des nuances, un art déjà consommé. Epoustouflante prestation, qui ne la verra pas faiblir. En particulier dans les cadences, où elle montre que la maîtrise de l’archet n’a plus beaucoup de secrets pour elle. Dès la fin du premier mouvement, le public explose en applaudissements longs et nourris. […] Sylvia parcourt les deux mouvements suivants avec un allant sans cesse renouvelé, en dépit de la longueur de l’œuvre. Celle-ci achevée, une ovation interminable s’élève. L’émotion est palpable dans la salle. Nous voyons des gens essuyer furtivement des larmes. […]. »

Nous posions alors une question : « Sylvia Huang, un phénomène ? Non : une musicienne née… ». L’avenir allait nous donner raison. En 2008, notre violoniste remporte le Lions Europe Musical Competition. L’année suivante, elle fait partie de l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne. En 2012, à peine âgée de 18 ans, elle joue parmi les seconds violons de l’Orchestre National de Belgique. Ce sera sa première confrontation avec le Concours Reine Elisabeth : elle fait en effet partie de cette phalange lorsque le pianiste Boris Giltburg devient Premier Prix en 2013. Les qualités de Sylvia Huang sont telles qu’en 2014, elle est engagée dans les pupitres des premiers violons de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam, un des meilleurs du monde. Elle n’a que 19 ans ; pouvoir travailler avec un ensemble de cette réputation à un âge si jeune relève de l’exploit.

Voilà donc cinq ans que Sylvia se produit sous la direction des plus grands chefs et côtoie des solistes de notoriété mondiale. Avec trois collègues (la Cubaine Miralys Morgan Vendecia, l’Italienne Martina Forni et la Française Honorine Schaeffer), elle fonde la même année 2014 le GoYa Quartet d’Amsterdam, qui se révèle très vite comme une formation de haut niveau. Le répertoire de ces quatre artistes s’étend de Haydn à Schubert, en passant par Brahms, Dvorak, Ravel, Debussy ou Bartok, mais aussi à des contemporains : Pärt, Ciurlionis ou Vasks. On peut s’en faire une idée en écoutant sur You Tube leur interprétation de partitions de Schumann ou de Debussy. En mai 2016, un CD est  produit par le GoYa Quartet en partenariat avec le contrebassiste Simon Van Halen. Le quatuor se produit en Hollande et en Belgique, puis dans les pays baltes et en Italie. Sylvia Huang, qui joue sur un violon de Carlo Ferdinando Landolfi des années 1750 à la superbe sonorité, se produit aussi en solo dans Ysaÿe, Bach ou Paganini, ou en récital, avec la pianiste Ladarys Morgan - qui a suivi des cours avec Hartmut Höll et Mitsuko Shirai -, dans des partitions de Beethoven, Wieniawski ou Janacek. Elle continue à se perfectionner auprès de Liviu Prunaru, Konzertmeister du Concertgebouw, qui fut Deuxième Prix du Concours Reine Elisabeth en 1993 derrière la Japonaise Yayoi Toda.

Sa prestation lors des éliminatoires, lundi dernier 29 avril, a recueilli des commentaires élogieux, on a souligné ses qualités techniques, la maîtrise de son jeu et sa sensibilité expressive. Au programme, sonate de Bach, caprice de Paganini (le 17e qu’elle jouait déjà en 2005 au Concours Dexia Classics !) et mouvement de la Huitième Sonate pour violon et piano de Beethoven. Résultats de cette première session : samedi 4 mai, en fin de soirée.

Jean Lacroix

(1)  Jean Lacroix : De Pro Civitate à Dexia Classics, quarante ans d’aventure musicale, Bruxelles, Dexia Banque, 2005, 197 p. Les extraits proviennent des pages 181 à 186.