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samedi 4 mars 2017

" Le mauvais rôle" de Jean-Baptiste Baronian


 (Dans le cadre des activités de PEN Club Belgique, nous publions des articles consacrés à l'actualité littéraire des écrivains membres du centre belge francophone de PEN International. Edmond Morrel avait rencontré la plupart d'entre eux à l'occasion d'interviews radio qui sont renseignées en fin de rubrique et qui sont toujours accessibles à l'écoute et au podcast sur www.espace-livres.be 
(Jean Jauniaux, Président de PEN Club Belgique )

JB Baronian (© J. Jauniaux)
             


                La notoriété de Jean-Baptiste Baronian s'est établie au fil des années et de plus de soixante livres au double titre d'écrivain et de passionné de littérature. La passion de la littérature, il la transmet au gré des articles critiques (notamment dans "Le Magazine littéraire" où il se spécialisera dans les compte-rendus de romans policiers) , des communications qu'il donne à l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique (où il succéda, on ne peut plus logiquement, au siège de Thomas Owen), des essais (les trois biographies de Verlaine, Baudelaire et Rimbaud parus chez Gallimard dans la collection "Folio-Biographie" sont un sésame irremplaçable pour se familiariser avec les trois grands poètes du XIXè siècle), des dictionnaires (il a coordonné celui que la collection "Bouquins" consacre à Rimbaud et vient de signer un "Dictionnaire amoureux de la Belgique" chez Plon, qui fait le régal, notamment, des émigrés français installés à Uccle et Ixelles). 
         Il est aussi "le" spécialiste de l'oeuvre de Simenon à laquelle il se consacre à travers l'Association des Amis de Georges Simenon qu'il a créée et dont un des membres les plus éminents est John Simenon lui-même. 
           Mais Baronian n'est pas seulement un passeur de passion littéraire, il est aussi un acteur du livre depuis son entrée chez Marabout où il crée une collection de littérature fantastique, dont il est, aussi, un éminent spécialiste.
           Il est, enfin pourrait-on dire, écrivain. Auteur de nouvelles (il contribue régulièrement à la revue MARGINALES) et de romans. Le premier, "L'un l'autre" paraît  en 1972  aux Editions Morel (avec un seul R) et sera bientôt suivi d'une impressionnante bibliographie romanesque, dont il signe  parfois les livres d'un pseudonyme (Alexandre Lou). 
          S'inscrit-il ainsi dans la tradition simenonienne ou owenienne? Un chercheur, intrigué par l'usage de pseudonymes, devrait un jour étudier cette double piste...
               Jean-Baptiste Baronian est aussi membre du Conseil d'Administration de PEN Club Belgique.

           Jean-Baptiste Baronian vient de publier son dernier roman, "Le mauvais rôle" chez Genèse Editions. 
             Le fil narratif en deux lignes: un petit employé du ministère de la Culture ("un fonctionnaire sans importance et pour ainsi dire sans qualification") est confronté à  une spirale angoissante de harcèlements dont il est la cible, sans qu'il n'en connaisse les raisons. Convoqué chez son supérieur hiérarchique il est interrogé sur la disparition de son ancienne maîtresse, puis enlevé pour un interrogatoire sans queue ni tête...Au fil des chapitres Alex Stevens, le narrateur, perd pied. Ce qui semblait être une enquête de routine, devient une manipulation de plus en plus perverse et sophistiquée. Le roman se déroule à Bruxelles, une ville dont Baronian aime à explorer (il l'a fait dans de nombreux romans) les rues et les lieux, s'inscrivant parfois dans les pas de ses auteurs fétiches (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud n'ont-ils pas hanté la capitale belge ?) 
       Le narrateur, et le lecteur à sa suite, sont entraînés dans un labyrinthe où au départ d'une investigation policière, ils franchissent des seuils successifs, avançant dans l'absurde, l'irréel, le fantastique. Le romancier module de chapitre en chapitre la manière de conter, utilisant au départ la palette stylistique du polar, du roman noir, puis, petit à petit, obscurcissant le trait, il nous plonge dans un univers kafkaïen où la mémoire se trouble, le réel s'estompe derrière les fausses apparences, la schizophrénie plantant petit à petit d'inquiétantes balises dans l'esprit perdu d'Alex Stevens en prise à ses tortionnaires, à son passé, à des actes qu'il a peut-être commis. Peut-être pas. Il se sent "damné par l'arc-en-ciel", des mots dont il se souvient soudain, provenant d'Une saison en enfer, "autrefois (son) livre de chevet"
         Rimbaud n'est jamais loin de la folie...ni Kafka, car il y a du désespoir kafkaïen  dans ce roman. Mais pas seulement. Baronian n'est pas un écrivain attendu, il connaît trop bien les lois du genre pour s'y contraindre. A la manière d'un David Lynch en cinéma, ou d'un Gogol en littérature, il ne résiste pas à la jubilation d'insérer des situations ou des personnages risibles. Ainsi lorsque le narrateur, craignant à juste titre des écoutes, demande à sa voisine de 80 ans,  Clémentine Vermeulen, d'utiliser son installation téléphonique, et évoque la mort tragicomique de feu son époux, M. Vermeulen, vendeur de matelas: "il avait attrapé une balle de golf sur la tempe, alors qu'il se promenait paisiblement à proximité d'un bunker dans les environs de Waterloo et il était mort sur le coup".
          Jubilation aussi de décrire les crises de rage - crises purement mentales - d'Alex Stevens qui rêve de fracasser ses interlocuteurs ou, lorsqu'il ne parvient à entrer dans les bâtiments du Ministère de la Culture, où il est pourtant employé même si personne ne le reconnaît, il assimile le bâtiment éclairé à un paquebot..."Et voilà que le paquebot se met en branle et glisse sur le canal. Il remonte les Anvers, vers l'Escaut, vers la mer du Nord, vers le Pacifique..."...
        Baronian nous entraîne au fil des pages dans un Bruxelles faussement familier (Molenbeek, Anderlecht, l'avenue Winston Churchill, le restaurant Cirio...), arpenté par un Alex Stevens qui s'y perd, et qui pourrait devenir un piéton de  Bruxelles, à l'instar d'un certain Bloom à Dublin, et de son comparse Stephen Dedalus. 
            Stephen? 
            Cela sonne comme Stevens...non ?

Edmond Morrel. Bruxelles, le 4 février 2017


Nous avons interviewé à différentes reprises Jean-Baptiste Baronian. Ces entretiens sont toujours disponibles à l'écoute et au podcast sur la webradio littéraire www.espace-livres.be
En voici les titres:
"Dans les miroirs de Rosalie" 
"Dictionnaire Rimbaud"
"On ne voit pas la nuit tomber"
"Jean Ray"
Association Les amis de Georges Simenon
Biographies de Rimbaud, Verlaine et Baudelaire
"Le bureau des risques et périls"
"L'enfer d'une saison" 
"Le dictionnaire amoureux de la Belgique" 


dimanche 19 juillet 2015

En attendant le "dictionnaire amoureux de la Belgique"...

En octobre 2015 sortira en librairie le "Dictionnaire amoureux de la Belgique
composé par Jean-Baptiste Baronian
écrivain et académicien. 

mercredi 30 septembre 2015

Le "Dictionnaire amoureux de la Belgique" de Jean-Baptiste Baronian

Le "Dictionnaire amoureux de la Belgique" de Jean-Baptiste Baronian


Le "Dictionnaire amoureux de la Belgique" : cette nouvelle "brique" dans le ventre des Belges compte près de 800 pages on ne peut plus digestes. Chaque entrée témoigne de l’amour de son auteur - le romancier Jean-Baptiste Baronian - pour ce pays bizarre, confetti trilingue et international. C’est un des dictionnaires les plus allègres de la collection créée et dirigée par Jean Claude Simoën chez Plon et dont chaque volume ravit un public aussi curieux qu’enthousiaste. Gageons que ce dernier volume en date (on nous annonce déjà un fastueux "Dictionnaire amoureux du Théâtre" ) trouvera lui aussi des dizaines de milliers de lecteurs (amis de France vous allez mieux comprendre ce qui fait vraiment de ce pays un paradis...).
Ecoutez les interviews de Jean-Baptiste Baronian et Jean-Claude Simoën que nous avons rencontrés à Bruxelles à l'occasion du lancement de ce nouveau volume. 

mercredi 8 août 2018

Baronian: "Le petit Arménien" un roman chez Pierre-Guillaume de Roux

Avec Le petit Arménien le romancier, académicien et essayiste Jean-Baptiste Baronian explore par le biais d'un récit autobiographique publié chez Pierre-Guillaume de Roux, pudiquement qualifié de roman, l'enfance de son double, Alexandre Sarian. Le garçon a douze ans en 1954, année charnière de son existence: le petit Arménien  sera renvoyé du collège Saint-Michel à Bruxelles, au grand dam de sa Maman, personnage clé de ce récit. 

Comme pour tout récit-roman auto-biographique, plusieurs lectures peuvent se chevaucher et s'entrelacer. 
La première, la plus tentante, la plus immédiate consiste à aller débusquer dans les anecdotes ce qui a constitué la personnalité du romancier Baronian, ce qui a donné naissance à sa vocation d'écrivain, ce qui a forgé le caractère de l'adulte, penché aujourd'hui sur son ordinateur pour raconter un peu d'enfance et y chercher peut-être une part de cette tendresse que les jeunes années éveillent en nous lorsque nous les ré-inventons. Il observe Alexandre avec le sourire complice d'un grand-père, il laisse effleurer la tendresse que lui inspire encore la figure maternelle. Le goût des mots surgit aussi cette année-là, dont l'enfant Alexandre, collectionne les plus rares et nous en régale. 
La deuxième lecture ouvre les portes de la nostalgie qu'inspirent les évocations des années 50 à Bruxelles: l'arôme des cigarettes Boule d'Or, les glaces que l'on déguste au Bouquet romain qui s'appellent encore des "crèmes glacées" servies dans des coupelles argentées, le grand magasin L'Innovation... Le roman n'est-il pas un éblouissant instrument d'exploration et de ré-appropriation de ces instants d'enfance que l'on croit perdus, et qui s'insinuent à chaque ligne, comme un parfum subtil?
Une troisième lecture s'intéressera aux personnages qui composent l'univers d'Alexandre. Outre sa Maman, omni présente, Alexandre Sarian est entouré d'une famille (un père,  un frère Sarkis, une soeur, Nectar) dont l'exil d'Arménie construit une identité immigrée si particulière, d'amis - dont certains sont particulièrement cruels-, d'amis des parents (une faune bigarrée qui nous vaut des portraits dignes des dessins de Sempé)... Tous ceux-ci nous entraînent à leur suite dans le Bruxelles du demi-siècle, sous le regard de l'enfant Alexandre et la bienveillance ironique de l'homme de lettres qui fait de chaque personnage une pièce du puzzle dont il fait ce roman.

Mais ne suffit-il pas de conserver de ce livre le souriant dévoilement auquel nous invite un formidable raconteur d'histoires, y compris la sienne. 

Quoiqu'il en dise: la vie de Baronian est aussi un roman. Un vrai.

Jean Jauniaux, Fichermont, le 8 août 2018



Ce récit autobiographique retrace les années d’enfance à Bruxelles du « Petit Arménien » , écrivain belge né en 1942, de parents arméniens.   L’originalité de ce texte tient à la double  résonance que revêt ici l’étranger. Car c’est d’abord l’enfant qui, en véritable petit étranger, s’éveille au monde et fait son éducation tant bien que mal. La passion du football propre à bien des garçons de son âge ne lui suffit plus bientôt : la musique l’attire, les sonorités des noms célèbres le déroutent, les livres peu à peu le guident vers de plus fines découvertes, les cours d’histoire ou de religion n’ont pas toujours sur lui l’effet qu’en escomptaient ses maîtres. Ce cheminement est avant tout prétexte à des portraits qu’on dirait tout droit sortis d’une bande dessinée : la mère qui ne manque pas de faire le récit de ses rêves  quelque peu terrifiants chaque matin, le père qui se livre à des numéros d’imitation irrésistibles, la voisine qui se montre intarissable sur les primitifs flamands sans compter les  professeurs, les pères jésuites, etc. Hautement expressifs, ces portraits forment de véritables hommages aux personnages qu’ils animent de passions encore lointaines mais ô combien prometteuses pour le Petit Arménien.
Fragile de santé, indiscipliné  mais sensible, il cherche sa voie et ne cesse de voyager de moments ingrats en ravissements inespérés. Où la délivrance surgit presque toujours à la dernière minute comme dans les rêves de sa mère.

Jean-Baptiste Baronian est l’auteur d’une soixantaine de livres  : romans, contes, nouvelles, poésies et biographies (BaudelaireVerlaine et Rimbaud dans la collection « Folio » de Gallimard ). On lui doit aussi le Dictionnaire amoureux de la Belgique, qui a paru chez Plon en 2015 et a connu un beau succès de librairie. Il a publié Baudelaire au pays des singes chez Pierre-Guillaume de Roux.
Il se déclare volontiers bibliophile, œnophile et mélomane. Il est le président de l’association internationale « Les Amis de Georges Simenon » fondée en 1987 et, depuis octobre 2002, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. 

lundi 6 avril 2020

La bonne nouvelle du jour, extraite de MARGINALES n° 242, "Acte manqué" de Jean-Baptiste Baronian



En cet nième jour de confinement, - nous avons renoncé à les compter- , c'est dans un des numéros les plus représentatifs de la démarche de MARGINALES que nous avons été choisir la " bonne nouvelle du jour". Elle est signée d'un des contributeurs  les plus prolifiques de la revue qui lui a donné pas moins de 40 nouvelles à ce jour: le romancier et académicien  Jean-Baptiste Baronian

Dans son éditorial, Jacques De Decker saisit l'occasion de ce numéro consacré à un ouvrage majeur de Freud, pour cerner avec davantage d'acuité l'originalité mais surtout la pertinence de la démarche de Marginales: débusquer par la fiction les réalités qui sont notre quotidien. Voici comment il conclut ce texte que vous trouverez en intégrale bien sûr sur le site de la revue : Marginales a, dès le démarrage de sa deuxième vie, voulu se consacrer exclusivement à l’écriture de création, laissant le champ de la critique ou du commentaire à d’autres. Mais l’intention seconde étant de montrer que par la fiction l’on peut parfaitement gloser autour d’un livre. En voilà la démonstration, à propos d’un traité qui, se donnant pour scientifique, est déjà lui-même imprégné de fiction. Juste retour des choses, tout compte fait…

Lien vers le numéro
Parmi les auteurs ayant nourri ce numéro paru à l'été 2001, épinglons Caroline Lamarche, Veronique Bergen, Thilde Barboni, Philippe Jones, Adolphe Nyssenholc, Guy Vaes... 

Jean Jauniaux
Le 6 avril 2020












Voici les premières lignes de la nouvelle de Jean-Baptiste Baronian dont vous lirez l'intégralité sur le site de la revue.


" L’idée de commettre un crime gratuit était venue à Frédéric Chenal à la lecture des Caves du Vatican. Il avait lu le livre d’André Gide à de multiples reprises et, chaque fois de plus en plus fasciné par le curieux personnage de Lafcadio Wluiki. À cet assassin imaginaire, il ne reprochait en somme qu’une chose : ses remords, ses tourments d’avoir tué un inconnu. Il était sûr que lui, il n’en aurait aucun lorsqu’il finirait, tôt ou tard, par passer aux actes.
Cela devait avoir lieu, comme dans le livre, à bord d’un train, quelque part en Italie. Et il n’y aurait personne, personne, susceptible de le confondre un jour.
De Lyon où il habitait et où il était kinésithérapeute, Frédéric Chenal partit pour Rome, un soir pluvieux de septembre. À peine arrivé, il choisit au hasard une destination vers le sud, la première qui s’offrait à lui et qui, compte tenu des horaires, lui évitait dans la salle des pas perdus une trop longue attente : Terracine. Ce nom, en outre, sonnait bien. Sentait bon la Péninsule profonde.
Par aubaine, il y avait encore des places libres. C’était simple comme bonjour : place 3, compartiment 5, voiture 7. À coup sûr, un joyeux signe du destin. Oui, il fallait y croire au destin. Sans le coup de pouce complice du destin, pensa-t-il, le crime gratuit se transforme en affaire crapuleuse. (...) 

Jean-Baptiste Baronian, 2001. 

jeudi 15 septembre 2016

Hommage: Soirée littéraire Huguette de Broqueville le 19 septembre 2016

Hommage de PEN Belgique
à Huguette de Broqueville
(1937-2015) 


Figure incontournable de la vie littéraire et culturelle belge, Huguette de Broqueville  a présidé Pen Belgique pendant de nombreuses années. On serait tenté de dire qu’elle assumé cette responsabilité jusqu’à son dernier souffle, tant elle y avait trouvé un défi à la mesure de son engagement contre l’injustice, l’autoritarisme aveugle et surtout contre les privations de ce droit essentiel à ses yeux : la liberté d’expression. Parmi les dossiers qu’elle défendait au sein de Pen, celui qui avait sa priorité a toujours été le Comité des Ecrivains prisonniers. A chacune des séances littéraires qu’elle animait, elle ne manquait jamais d’inviter le public à envoyer des courriers à ces écrivains incarcérés dans ces pays où écrire signifie se mettre en danger.

            Diplômée en linguistique (U.C.L.), elle participait à l’administration de différentes associations dont le Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar (Cidmy). On ne s’en étonnera pas : elle avait de nombreux points communs avec l’auteure des « Mémoires d’Hadrien », avec qui elle avait eu l’occasion de correspondre. Membre fondateur de l'Espace Louis Dubrau, (du nom - pseudonyme de Louise Janson-Scheidt -  de la romancière, poète et nouvelliste, prix Victor-Rossel en 1964 ). Huguette de Broqueville ne cesse de se démultiplier : elle organise des colloques ou y participe (« L’illusion », « La jalousie », « L’androgyne » pour ne citer que quelques thématiques), le dernier en date étant celui qu’elle consacra aux « Ecrits de guerre, 1914-1918) partageant ainsi  l’émouvante investigation qu’elle effectua à la mémoire de Lydia della Faille de Leverghem, dont elle fit publier « Le journal de la jeune Lydia 1913-1914 » qu’elle préfaça et commenta (Editions Michel de Maule, 2014) .
            Elle était bien sûr écrivain. Publiant essais, romans (dont un iconoclaste « Tentation », publié d’abord en roumain, puis en français chez le fidèle Michel de Maule), et des nouvelles, un genre qu’elle affectionnait particulièrement. Sans doute, le récit court était-il à la mesure de cette femme attentive, aux aguets de ce qui fait le monde, curieuse de ce qui pouvait nourrir sa vigilance et ses engagements. Le personnage de la Bécasse, inventé pour la revue « Marginales » l’incarnait idéalement : reporter sans peur ni préjugés, la Bécasse a parcouru le Monde, sur les traces de son auteure dont elle témoignait plus souvent des insurrections téméraires que des admirations faciles.
            Le 10 novembre 2015, Huguette de Broqueville nous léguait sa capacité d’indignation.

            Jean Jauniaux

Président de Pen Belgique

lundi 28 septembre 2015

Le "Dictionnaire amoureux de la Belgique" : une nouvelle "brique" , bienvenue et ô combien digeste, dans le ventre des Belges

"le dictionnaire amoureux de la belgique" 

de jean-baptiste baronian aux editions plon

Le "Dictionnaire amoureux de la Belgique" : cette nouvelle "brique" dans le ventre des Belges compte près de 800 pages on ne peut plus digestes. Chaque entrée témoigne de l’amour de son auteur - le romancier Jean-Baptiste Baronian - pour ce pays bizarre, confetti trilingue et international. C’est un des dictionnaires les plus allègres de la collection créée et dirigée par Jean Claude Simoën chez Plon et dont chaque volume ravit un public aussi curieux qu’enthousiaste. Gageons que ce dernier volume en date (on nous annonce déjà un fastueux "Dictionnaire amoureux du Théâtre" ) trouvera lui aussi des dizaines de milliers de lecteurs (amis de France vous allez mieux comprendre ce qui fait vraiment de ce pays un paradis...).
Nous avons rencontré à Bruxelles Jean-Baptiste Baronian et Jean-Claude Simoën

Edmond Morrel le 24 septembre 2015

vendredi 18 octobre 2019

"Le rire de Caïn" de José-André Lacour enfin réédité! A lire et aussi à évoquer à la Maison du Livre de Saint Gilles

"Voici un chef d'oeuvre des lettres belges" , s'exclame Jacques De Decker avec qui j'avais rendez-vous hier midi dans un restaurant près du palais des Académies. Il dépose sur la table  "Le rire de Caïn" dont il signe la préface enthousiaste. Il ouvre le livre et m'en lit quelques fragments dignes des articles passionnément érudits qu'il signait J.D.D. A l'époque de la parution du livre, en 1980, "Le rire de Caïn" n'avait pas fait l'objet d'une chronique de celui qui reconnaît aujourd'hui "(...) je ne l'avais tout simplement pas lu...et personne ne s'est trouvé (depuis lors) pour me rendre attentif à cette déplorable lacune". 
C'est chose réparée aujourd'hui, non seulement avec cette préface dont la quatrième de couverture met en exergue la synthèse : "Un roman magnifique, à la fois complexe et captivant, visionnaire et palpitant (au sens où il touche le coeur) qui par une sorte de grâce magistrale, arrive à mener de front une fresque historique, une tragédie familiale et le récit d'une invitation à la condition humaine..." . C'est lacune réparée aussi avec une série de manifestations autour de ce qui est à proprement parler une résurrection d'un ouvrage tombé dans l'oubli depuis quarante ans (il avait été publié en 1980 à la Table ronde). En effet, La maison du livre de Saint-Gilles (Bruxelles) organise une exposition, des lectures, une rencontre pour célébrer l'événement comme il se doit.
Le lecteur de LIVRaisons trouvera ci-dessous le lien vers le site et le programme de la rencontre organisée à la Maison du livre du 7 novembre au 13 décembre 2019. Mettons en exergue d'ores et déjà la rencontre qui réunira le 19 novembre à 19h José Louis Bocquet (petit-fils du romancier), Jacques De Decker et Jean-Baptiste Baronian ainsi que le scénariste François Rivière.

Gageons que cette rencontre ne passera pas inaperçue, de même que ce roman qui "comble un vide abyssal non encore répertorié par les historiens des lettres qui prétendent cadastrer le territoire: une oeuvre qui rend compte de ce qu'endura le royaume de Léopold III sous l'occupation nazie." 

Sur ce dernier extrait de sa préface, je quitte Jacques De Decker et la Porte de Namur, je me précipite chez moi pour me plonger, toutes affaires cessantes,  dans la lecture du roman qui me tiendra en haleine jusqu'aux petites heures de la nuit, fasciné par "ce grandiose roman initiatique, où l'on suit à la faveur, si l'on peut dire, d'un cadre historique particulièrement tourmenté l'accès à la maturité d'un personnage digne des plus grandes figures romanesques." 

Jean Jauniaux

Une plaquette exclusive !
Cop. Catel
À l’occasion de l’exposition et des rencontres, la Maison du Livre propose, avec le concours de la Maison de la Poésie d’Amay, de l’asbl Indication et de la Collection Air Libre chez Dupuis, deux nouvelles inédites de José-André Lacour, accompagnées d’une notice biographique richement illustrée et d’une introduction de Jacques De Decker, avec un dessin original de Catel en couverture.
Prix de vente : 7 €
En vente uniquement au sein de l’exposition.

Sur le site de La Table ronde:

À dix-huit ans, Teddy fait la connaissance de son frère Rocky enlevé par le père dès sa plus tendre enfance. Soudés et repoussés par cette complicité sanguine, les deux garçons ne sauront jamais, dans le face à face, qu'ils vont s'étreindre ou se tuer, car entre eux il y a les femmes, Carole, lebonbon rose, Rebecca, la juive suppliciée et surtout Netta, la mère, qui préfère le cadet perdu et retrouvé, le blond Rocky au sourire cruel. Teddy le mal-aimé, le maladroit arrivera-t-il jamais devant cet ange du mal qu'est son frère, surgi d'une brisure de l'enfance, à déposer les armes?


1939. Tandis que d’un continent à l’autre les nations se préparent une nouvelle fois à la guerre, quelque part du côté de Namur, le rire de Caïn éclate au sein d’une famille où les passions se consument jusqu’au bout. C’est l’histoire de la famille van Dyke, de l’ère insouciante des jazz-bands à la sombre saison des bruits de canon. Netta préférerait distribuer la même affection à ses fils Teddy et Rocky, mais c’est impossible. Vingt ans plus tôt, son mari l’a abandonnée en enlevant Rocky, le cadet, sur qui se concentre tout son amour. Teddy a-t-il d’autre choix que de supprimer jusqu’au souvenir de son frère pour reconquérir sa mère?


Sur le site de la Maison du livre: 

L’exposition est visible du 7 novembre au 13 décembre le mardi de 14h à 17h, du mercredi au vendredi de 14h à 18h et le samedi de 10h à 13h.
Soirée de vernissage
• Jeudi 7 novembre de 18h30 à 21h
Introduction par Jacques DE DECKER, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Lectures d’extraits par Anne LACOUR, fille de José-André Lacour.
Témoignage de France CAMBIER, romaniste et auteure d’un mémoire sur l’œuvre de José-André Lacour.
Quelle place pour José-André Lacour dans la littérature belge ?
• Mardi 19 novembre à 19h
Il est admis que la Nouvelle Vague au cinéma a renvoyé nombre de réalisateurs dans un purgatoire dont beaucoup ne sont pas encore revenus. De même, le Nouveau roman a éclipsé toute une génération d’auteurs, dont le tort rédhibitoire était sans doute l’ambition, devenue désuète, de raconter des histoires.
José-André Lacour fût de ces littérateurs inlassables, modestes et touche-à-tout. Serait-il le symbole de toute une littérature belge engloutie ?
Rencontre avec : José-Louis BOCQUET, écrivain, scénariste, éditeur et petit-fils de José-André Lacour ; Jacques DE DECKER, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique ; Jean-Baptiste BARONIAN, romancier, essayiste, critique et éditeur, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et François RIVIÈRE, journaliste, écrivain et éditeur.
Animation : Laurence BOUDART, directrice des Archives et Musée de la Littérature.
Entrée libre

dimanche 14 octobre 2018

Henri Vernes: 100 ans le 16 octobre!

Henri Vernes, le père de Bob Morane, aura 100 ans le 16 octobre prochain... 
Pour lui rendre hommage, nous vous proposons un entretien à son propos avec Jacques De Decker, entretien mené par François-Xavier Lavenne. 
Nous vous invitons aussi à ré-écouter les entretiens que nous avions enregistré avec Henri Vernes et qui sont toujours accessibles dans la "Formidable sonothèque" (dixit Bernard Pivot) de la webradio espace-livres. Pour retrouver la voix de Henri Vernes, il suffit de cliquer sur les liens correspondants aux deux longs  entretiens qu'il nous a accordés dans son appartement d'Ixelles, l'un à propos de ses "Mémoires" , l'autre à l'occasion de la parution de ce qui deviendra un livre culte: 'un inédit-inachevé "Façon Série Noire" que la Pierre d'Alun a édité, orné de gravures de Loustal! Au terme de l'interview, nous avons demandé à Henri Vernes d'achever le roman... Demande qu'il voulut bien honorer. Il manquait alors une illustration finale que nous nous sommes empressés de demander à Loustal... Faisant ainsi d'un exemplaire original de ce livre inédit un véritable collector pour le grand enchantement de celui qui signe cet éditorial et qui découvrit la littérature en ouvrant Trafic aux Caraïbes... 
Henri Vernes, doyen des membres de PEN Belgique, en avait été l'invité lors d'une séance tenue à l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique le 16 octobre 2016. Il n'avait que 98 ans! 
Jean Jauniaux, octobre 2018


© Jean Jauniaux



Jacques De Decker« Bob Morane nous a appris le monde »


Henri Vernes a 100 ans aujourd’hui.

C’est l’occasion de rappeler et de mesurer l’importance de son œuvre. Henri Vernes est un sujet en soi. Rien que son pseudonyme est un programme. Toute une génération et même plusieurs générations sont les enfants de Bob Morane. Il est ce que j’appelle un mythothète. C’est un substantif que j’ai créé sur le modèle de Roland Barthes qui parlait des logothètes, c’est-à-dire les inventeurs de langue. Les mythothètes sont les inventeurs de mythes et Henri Vernes est un de nos grands mythothètes avec Simenon et Hergé.

En quoi Bob Morane est-il différent d’autres héros ?

Je crois qu’un jour Bob Morane apparaîtra comme la première incarnation de la mondialisation fantasmatique. On a donné à la Première Guerre mondiale cet adjectif abusivement. On était déjà moins dans l’erreur avec la Deuxième Guerre mondiale à cause de l’engagement du Japon. Le concept de mondialisation apparaîtra, si on fait encore de l’Histoire dans un siècle, d’abord comme fantasmatique avec des esquisses préalables avant de trouver sa première concrétion cohérente et complète dans la figure d’un personnage qui parcourt la planète et qui s’intéresse à sa variété, à chacune de ses parties dans ses spécificités. Ce personnage, c’est Bob Morane. Il y a chez Henri Vernes un très grand souci de précision dans ce qu’il écrit et puis aussi une sensibilité à des problématiques nouvelles qui amènent Bob à lutter pour des causes qui deviennent transfrontalières et même transcontinentales.

Bob Morane est un farouche anti-colonialiste, sensible à la sagesse des peuples dits « primitifs », un précurseur de l’écologie, un homme sceptique à l’égard des dangers du monde moderne et de l’industrialisation, un citoyen du monde… Pourrait-on le voir comme une sorte de pionnier de l’altermondialisme ?

Bob Morane est quelqu’un qui assimile tout ça. C’est avant tout quelqu’un de curieux et d’ouvert qui est conscient de cet univers dans lequel il se meut, de sa diversité, de ses enjeux, de ses injustices, des dangers qui le menacent. À travers lui, Henri Vernes donne à la jeunesse qui le lit une vision planétaire. J’ai une anecdote à ce sujet : un jour, au Salon du Livre de Paris, j’ai vu Bernard-Henri Lévy qui était en train de signer. Dès qu’il a entendu qu’Henri Vernes était présent, il s’est arrêté, a traversé tout le salon et est venu s’incliner devant lui en disant « Monsieur, vous m’avez appris le monde ! ».

Henri Vernes est lui-même un globe-trotter

C’est l’homme de son œuvre ! Comme, à l’époque, il n’y avait pas tous les moyens de communication que l’on a aujourd’hui, ce n’était pas toujours facile de le trouver ou, pour lui, de faire parvenir ses manuscrits alors qu’il était à l’autre bout du monde. Il faut se rendre compte qu’il y avait d’énormes impératifs d’édition. Il fallait que paraissent six Bob Morane par an ! C’était une cadence folle. Il puisait l’inspiration pour les aventures de son héros dans tout ce qu’il voyait, dans tout ce qu’il entendait autour de lui.

La série des Bob Morane est indissociable de l’aventure éditoriale que fut Marabout. Peut-on qualifier cette maison d’édition de visionnaire ?

Au départ, Marabout est une initiative d’imprimeur, l’initiative d’un imprimeur de Verviers, André Gérard, qui avait été impressionné par le succès des pocket books anglais Penguin. Le mot « marabout » est d’ailleurs une variation sur le symbole de cette collection anglaise, le pingouin. Il s’est dit que la manière d’assurer son travail d’imprimeur était de créer des formats de poche accessibles pour toute une série de types de publications.

Ce qui est visionnaire chez André Gérard est qu’il n’a pas imaginé que le Marabout général, il a aussi fait le Marabout junior, le Marabout Flash… Sa force a été de s’entourer de conseillers littéraires comme Jean-Jacques Schellens, qui était quelqu’un d’extrêmement créatif et imaginatif, qui a su lui-même s’entourer de personnes comme Jean-Baptiste Baronian. À partir de là, les orientations de ces livres de poche se sont multipliées.

C’est notamment grâce à Marabout que l’œuvre de Jean Ray a été tirée de l’oubli. C’est d’ailleurs Henri Vernes qui a mis Jean-Baptiste Baronian sur la piste de Jean Ray et c’est eux qui l’ont republié.

On peut donc parler d’une formidable incursion typiquement et strictement belge dans le livre de poche sur le continent européen. Le livre de poche Marabout a séduit l’ensemble de la francophonie et était extrêmement diffusé. Il a pu prospérer parce que la formule était originale et n’a connu de concurrence qu’avec un décalage de plusieurs années. Ce fut le Livre de poche, proprement dit, qui est, en quelque sorte, une réponse de la France à l’idée lancée à Verviers. La maison Marabout a alors compris qu’il fallait qu’elle se diversifie, notamment vers le public jeune et elle a créé Marabout junior.

Bob Morane a-t-il été l’arme de Marabout pour conquérir ce public ?

Marabout junior mérite qu’on lui consacre un doctorat en sciences économiques ! Pour la première fois, un éditeur se posait la question d’une tranche générationnelle précise : les lecteurs allant de douze à trente ans. Il y avait une prise de conscience des centres d’intérêt des adolescents, de leurs goûts, de ce qui les faisait rêver. Le directeur littéraire de Marabout a tout de suite senti que pour propulser cette collection, il fallait un héros qui incarnerait ses valeurs. Et il va confier cette mission à celui qui va devenir Henri Vernes. On est donc en face d’un travail pionnier qui n’aura jamais d’équivalent.

D’autres séries vont également être lancées par Marabout à la suite du succès de Bob Morane, mais toutes finiront par s’arrêter vers la fin des années soixante. Comment expliquer que Bob Morane n’ait pas connu le même déclin ?

Le succès de Bob Morane est foudroyant et sa longévité est exceptionnelle. Il y aura effectivement des tentatives pour installer d’autres séries porteuses. Par exemple, il y a eu une série pour le public des jeunes filles, Line. Il y a aussi eu Nick Jordan avec André Fernez. Ils ont également recruté Michel Duino qui a écrit énormément de titres. Il s’est ainsi créé une équipe d’écrivains « industriels » – cela n’a rien de péjoratif – qui vont sentir qu’il ne faut plus se tourner vers les grands personnages historiques, les généraux, les hommes politiques…, mais vers d’autres figures, des figures qui peuvent enthousiasmer les adolescents. Si vous suivez la liste des biographies parues dans la collection Marabout junior, vous découvrirez que ce sont les aviateurs, les explorateurs qui sont mis à l’honneur. Henri Vernes a commencé par une biographie de ce type chez Marabout avec Les conquérants de l’Everest. Mais à un moment, il y a eu le sentiment qu’à côté de ces personnages réels, il fallait un héros porteur qui incarnerait l’Aventure. C’est Henri Vernes qui va être capable de réaliser ce projet. Bob Morane résulte de la rencontre entre un projet éditorial visionnaire et l’imagination débordante d’un écrivain. 

(Entretien recueilli par François-Xavier Lavenne)